Faire une retraite n'est pas chose aisée mais cela peut se révéler extrêmement bénéfique !

C'est le message que Vén. Jésus a voulu donner à la communauté de Nalanda il y a quelques semaines.

Nous lui avons demandé de partager son expérience sur la manière de conduire une bonne retraite.

Nous avons beaucoup de chance, car il est extrêmement rare de rencontrer quelqu'un qui ait fait trois fois trois années de retraite. Les yogis tels que Vén. Jésus et Vén. René [Feusi] passent la plupart de leur temps en solitaire. Le simple fait de pouvoir les rencontrer et recevoir des instructions est précieux.

Ven. Jésus a prodigué ses conseils à des étudiants qui vont bientôt débuter une retraite de trois mois.

Même si la retraite cet été est plus courte, ses remarques peuvent tout à fait s’appliquer. En réfléchissant à ce qu'il a dit, cela peut nous aider à tirer pleinement parti de cette occasion rare.

Voici un résumé des quelques point sur lesquels Vénérable s’est attardé. Si vous souhaitez écouter la conversation complète, la vidéo est disponible sur le site web de Nalanda.

1. N’ayez pas d’attente.

Il est commun d’avoir beaucoup d'attente lorsque nous nous engageons dans une pratique. Nous souhaitons résoudre un problème, gagner des réalisations, trouver la paix. C'est normal. Mais le problème, c’est que les choses ne se passent pas comme nous l’attendons. Par conséquent, il vaut mieux entrer en retraite sans rien attendre. Nous devrions seulement garder à l’esprit – et très clairement – qu’une retraite est de toute façon bénéfique, même si nous ne développons aucune réalisation particulière.

2. Penser que votre maître est toujours avec vous.

Il est utile de penser que votre maître est toujours avec vous pendant la retraite, du début à la fin. Ceci est utile, particulièrement lorsque vous rencontrez des difficultés. 

Quand un enfant sait que sa mère est toujours à proximité et garde un œil sur lui, il est détendu et heureux. De la même manière, si nous pensons que notre maître est toujours à proximité, nous aurons l’impression d’être inspiré et protégé.

3. Suivez le groupe.

Au début, il est préférable de faire une retraite en groupe. En apprenant comment ça marche, on peut ensuite s’engager dans une retraite solitaire.

En groupe, il est très important que tous fassent la même pratique. Si vous prenez le bus, le conducteur vous emmène où vous devez aller, vous n’avez pas à vous inquiéter. Si vous restez assis sur votre siège et ne faites pas de choses bizarres, vous arriverez à destination. Il en va de même pour une retraite, nous devrions suivre celui qui la guide. Il – ou elle - est quelqu'un qui a de l’expérience et qui sait comment procéder. Que les sessions sont longues ou plutôt courtes, que nous récitions des mantras ou nous méditions seulement, que nous passions d'un sujet à un autre, ou pas, nous devons simplement suivre l'orientation de celui qui conduit la session.

Dans une retraite de groupe, il y a une énergie du groupe et plus nous nous glissons dans cette énergie, meilleure sera la retraite. Si le groupe va dans une direction et que nous allons dans une autre - par exemple parce que nous pensons que nous sommes quelqu’un de spécial - cela engendrera des malaises et des problèmes, à la fois pour nous-mêmes et pour le groupe. Par conséquent, il est bon de nous joindre au groupe et d’être en harmonie avec lui.

4. Ce qui se passe pendant la retraite est toujours bénéfique.

Nous devrions nous dire que tout ce que nous vivons pendant la retraite sera bénéfique. Même si nous tombons malades, si nous sommes négatifs, c'est bon. En pensant à la loi de causes et d’effets et à la façon dont l'esprit fonctionne, cela a du sens. Au cours de la retraite, nous nettoyons notre esprit. Des choses désagréables peuvent survenir.

En pensant que tout sera bénéfique, nous pouvons débuter la retraite sans peur ni soucis. C'est comme aller dans un endroit dangereux avec la pensée : « Il peut arriver n’importe quoi, je m’en fiche. » 

En retraite, on peut se sentir déprimé, confus, on ne peut pas méditer, on pense qu’on ne fait rien comme il faut, qu’on perd notre temps et qu’on ferait mieux de partir. Lorsque nous éprouvons des difficultés, c’est dur que considérer cela comme bénéfique ! Mais quand la retraite s’achève, nous regardons en arrière et nous découvrons que même ces difficultés nous ont été bénéfiques.

La chose la plus importante est d’avoir une bonne motivation et de faire de notre mieux. Nous n'avons pas à faire des choses extraordinaires, des choses qui ne sont pas à notre portée.

Dans la vie quotidienne, nous traversons de nombreuses difficultés. Certains jours sont bons, d'autres sont mauvais, parfois nous sommes heureux et d'autres fois nous sommes déprimés. Mais il existe une grande, grande différence entre la façon dont nous nous rapportons à nos expériences dans la vie quotidienne et pendant une retraite. Dans la vie quotidienne, notre esprit a tendance à être pris dans un cycle mondain. Nos plaisirs nourrissent le désir, nos problèmes génèrent de l’aversion, et notre esprit confus et duel se développe. En revanche, lors d'une retraite, toutes les expériences sont bénéfiques et peuvent améliorer notre pratique. Si nous pensons à la loi de causes et d’effets et à la façon dont l'esprit fonctionne, cela est logique.
Faire une retraite n'est pas chose aisée et les difficultés se rencontreront à un moment ou un autre. Etre prêt à les accueillir est bénéfique.

5. Essayez de pratiquer correctement tous les aspects.

Parfois, nous accordons beaucoup d'attention aux sujets que nous estimons être au cœur d’une pratique et négligeons les choses dites faciles ou simplement préliminaires. Quelle que soit la pratique dans laquelle nous nous engageons – prendre refuge, réciter les quatre incommensurables… - essayez de pratiquer correctement tous les aspects. Le faire correctement aide à considérer les aspects plus difficiles. Par exemple, quand on s’applique à la visualisation, quand on prend refuge ou qu’on pense aux enseignements que nous avons entendus à ce sujet, les autres parties de la pratique en sont affectées.
De même, il est important d'être attentif à la période entre les sessions. Méditation et temps intermédiaire sont également importants. Pratiquer et être conscient quand on mange, quand on se lave et ainsi de suite… Si nous nous soucions de ces petits détails, les grandes choses en bénéficieront.

6. Plus on abandonne les distractions, meilleure sera la retraite.

C’est une bonne chose si nous pouvons renoncer aux nombreuses distractions durant une retraite, comme de consulter son portable ou de lire des textes qui ne sont pas liées au Dharma. La somme de distractions dont on est capable de se défaire est variable d’un individu à un autre. Cela dépend de la conscience d’une personne et de ses capacités à ce moment donné. Mais si nous faisons une retraite qui ne dure que trois mois, un mois ou dix jours, alors on peut se dire que ce n'est, somme toute, pas si long. Faire une retraite est quelque chose de très rare, de très spécial. Pour cette courte période, nous pouvons mettre de côté nos distractions et nos soucis.

7. Nous faisons la retraite pour le bien des autres

Générer une attitude altruiste nous aide à faire face aux difficultés qui se posent et rend la retraite plus constructive. Au lieu d'être préoccupé par : « Mes objectifs, mes attentes et mes souhaits », on peut penser : « Ok, pendant un mois, je vais dédier ma pratique au bien des autres».

Nous sommes tous conscients des douleurs et des souffrances du monde, de tant de personnes innocentes qui sont tuées durant les guerres, qui meurent de faim... Et même si nous sommes chanceux en Occident parce que nous vivons une vie matériellement confortable, nous savons qu'il y a tant de souffrances mentales et de soucis dans notre société. (En fin de compte, en termes de bonheur et de souffrance, il se peut qu'il n'y ait pas tant de différence entre nous et ceux qui habitent dans des pays pauvres.)

Si nous pouvons faire cette retraite avec une motivation altruiste, nous en retirerons beaucoup de satisfaction et cela sera bénéfique au monde à l’avenir. C'est tout le contraire d’être déprimé et impuissant à l'égard de la situation autour de nous. Nous faisons quelque chose de constructif ! Donc, si nous pouvons mettre un peu nos préoccupations de côté pour penser aux autres, les avantages seront nombreux.

8. Vivez les problèmes avec amour et compassion

Si nous traversons une période difficile, la meilleure protection est de méditer sur l'amour, la compassion et la bodhichitta. Si, par exemple, la peur et les doutes surgissent dans notre esprit, la meilleure protection est de méditer sur la bodhichitta. C'est quelque chose que nous pouvons essayer de faire. Bien que cet esprit ne soit à ce moment-là pas nécessairement spontané, c'est quelque chose que nous pouvons essayer de développer. Si nous avons étudié les avantages de l'amour, de la compassion et de la bodhichitta, et comment les développer, nous pouvons les mettre en pratique lorsque ce sera difficile dans notre pratique.

Il est facile d'oublier les choses telles que l'amour quand les problèmes surviennent. Quiconque a fait une longue retraite sait que des obstacles surgiront dans l'esprit, comme la dépression, la colère, de voir tout le monde - y compris nous-mêmes - de manière négative. Si nous nous sommes préparés dès le début à la survenue de ces émotions, nous pouvons les affronter sans nous sentir surpris et débordés - même si nous ne sommes peut-être pas en mesure de résoudre ces choses en un instant.

Si nous nous souvenons que le maître (ou le Bouddha) est toujours à proximité et que tout ce qui se passe durant la retraite est bénéfique, alors nous pouvons faire face à ces problèmes avec sagesse et calme.

Bien sûr, nous aurons peut-être aussi de bonnes expériences durant cette retraite, mais pour cela, nous n'avons pas besoin de préparation spéciale. Simplement parce que c’est quelque chose auquel on s’attend déjà.

Parfois, lorsque nous avons de bonnes méditations, la fierté apparait. Dans ce cas, il est bon de faire preuve de retenue.

9. Faire une retraite est très rare.

Il est important de savoir que pour faire une retraite, tant de conditions favorables doivent être réunies. Il y a beaucoup de gens qui souhaitent faire une retraite, qui travaillent dur pour rassembler les conditions nécessaires, mais qui en sont empêchés. Être capable de faire une retraite est un privilège incroyable! Il est très utile d'être conscient de ceci et d'essayer de faire de son mieux pour ne pas perdre cette opportunité.

En général, nous avons tendance à apprécier les bonnes choses que lorsque nous les avons perdues. Notre santé, nos parents et nos amis, notre temps et ainsi de suite. Quand ces choses disparaissent, nous éprouvons du regret. Et seulement avec du recul nous apprécions ce que nous avions.
Des choses comme la santé et l'argent seront altérées avec le temps de toute façon. Il n’y a rien que nous puissions faire. Mais ne pas profiter de cette précieuse vie humaine que nous avons en ce moment pour pratiquer le Dharma, c'est la pire chose à faire!

Il est très rare que les gens dans le monde fassent une retraite de Lam Rim pendant trois mois. C'est quelque chose qui n'arrive qu'une seule fois. Si nous demandons aux gens ici à Nalanda - parce que c'est un monastère - nous rencontrerons sans doute des personnes qui en ont déjà fait. Mais si nous regardons à l’extérieur, dans la société, nous ne rencontrerons quasiment personne qui a eu cette chance. C'est tellement rare!

Si nous avons reçu des enseignements et que nous comprenons le Dharma, nous connaissons alors les bienfaits que nous pourrons tirer d’une retraite de trois mois. Etre capable de le faire et gaspiller cette opportunité, c'est la pire chose que nous puissions faire. C'est dommage, mais cela arrive très souvent.

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